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La peinture de Bilal, jamais statique, est Danse.
Danse dense, au premier coup d’œil.
Ici, les corps semblent en perpétuels mouvements, la danse prend corps, les corps sont dansants.
L’espace qu’ils habitent se remplit peu à peu des traces de leurs passages et, là, naît le dessin de Bilal : des tableaux d’une force émotive et esthétique inouïe au service d’un univers plutôt sombre, projeté vers un futur proche.
La violence, la montée des intolérances, la déshumanisation, la mémoire et l’identité sont les thèmes qui lui sont chers et qui traversent toute son œuvre.
Ses personnages ont d’étranges attributs. La Femme Piège pleure donc des larmes bleues et des miniatures se glissent dans sa dernière trilogie. Il n’est pas rare que ses figures féminines révèlent des cicatrices, des blessures. Dans Un Siècle d’Amour, la chair apparaît gris clair, en un subtil équilibre entre noir et blanc ; la nudité se révèle vulnérabilité. Il y a bien sûr une connotation érotique mais il s’agit aussi du corps en danger face à un pouvoir oppressant comme dans Le Sommeil du Monstre où l’obscurantisme qu’il met en scène fait référence à la dégradation ; la Shoah est citée.
Son univers est emprunt d’une mémoire individuelle, collective et prospective où se mêlent des images écrites de l’éclatement de la Yougoslavie, son « lieu » de naissance, et des images peintes d’une étrange conjugaison passé-présent-futur. Dans La Foire aux immortels, un homme surgelé se réveille, sa mémoire revient petit à petit et, avec elle, des poèmes de Baudelaire qu’il va réciter tout au long des évènements. Le premier, Une Charogne, décrit la mort dans son aspect le plus répugnant. La chair rouge et vibrante d’un cadavre, selon Bilal, ne se dessine pas, elle se nomme.
Les dessins de Bilal, ses aplats, aux antipodes de la ligne claire, jouent comme une mémoire enfouisseuse, qui refoule dans les angles des points aveugles, des zones d’ombres, des pans entiers du temps perdu. « La ligne claire, précise-t-il, ne produit aucune émotion, seulement de la nostalgie. Je suis plutôt pour que la peinture fasse problème, dérange ».
All White Happening s’intéresse particulièrement à l’énergie fulgurante contenue dans le tracé de Bilal et aux différents états de corps qu’il décline dans son œuvre. La danse ira chercher dans ce qu’elle porte de plus traçant, projeté, électrique et vibrant.
14 personnages, semblant tout droit sortis d’un tableau de Bilal, rechargent leur batterie. Quand la prise se débranche, un flux d’images les traverse comme une mémoire inconsciente qui se fait « chair ».
Ici, l’humanité a soif de quelque chose qui la transcende.
Comme les personnages de Bilal, elle a encore besoin d’aimer.
Création
Les 29 et 30 Mai 2004
Scenario Pubblico | Catane | sicile
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